Entrée ou rentrée, petite explication de texte

Parmi les mots prononcés sans y penser, véhicules de la mentalité ordinaire, du qui va de soit, on parle souvent de « rentrée scolaire ». Or une « rentrée » signifie un retour (entrer à nouveau) souvent à un état de stabilité, un retour à la normale. On entre dans la boulangerie et dans le bus mais on rentre à la maison, au port, au bercail, on rentre en soi pour méditer… bref « rentrer » indique une familiarité confortable et habituelle.

Dans ce sens l’expression « rentrée scolaire » s’approprie ces significations conviviales et indique à l’enfant que l’école est son port et sa maison, l’endroit où on peut être soi-même, parmi les siens. Cependant, si on admet sans jugement mais avec une certaine clairvoyance que l’école est un endroit normé, hiérarchisé où s’exerce la discipline et le contrôle, la surveillance et la punition entre autres, n’est-il pas pernicieux de faire passer cet état de fait pour une situation confortable et habituelle, pour un chez soi offrant sécurité affective et repères domestiques? N’est-ce pas une façon de normaliser l’horaire et la consigne, la tâche et l’évaluation chers au monde du travail?

Au travail comme à l’école on part en vacances, on ne rentre jamais en vacances, on ne rentre pas en liberté, on ne fait qu’y partir pour un temps provisoire avant le retour à la normale, la rentrée!

Pourquoi pratique-t-on une éducation sans école?

La réponse à la question des motivations est complexe parce que la question est complexe. « Pourquoi ? » cache au moins trois dimensions complémentaires et en oublier une seule relèverait de l’erreur méthodologique pour un chercheur. Par exemple si l’on se demande « Pourquoi madame a eu un bébé? » Il y a des raisons de causalité (parce que le spermatozoïde de son partenaire a rencontré son ovule au bon moment), des raisons de finalité (parce que le couple voulait un enfant) et des raisons de croyances sur l’état des choses (parce que c’est ainsi que l’humanité se perpétue). Les trois réponses sont vraies et complémentaires.

À la question des raisons du choix d’une éducation sans école, trois familles de réponses doivent également cohabiter.

  • Causalité: Parce que les parents n’ont pas aimé leur expérience scolaire, par exemple.
  • Finalité: Parce que nous voulions une éducation ouverte sur le monde en voyageant en voilier, par exemple
  • Croyances sur l’état des choses: Parce que c’est le rôle naturel des parents de s’occuper de leurs enfants, par exemple

Omettre une de ses dimensions ne pourrait donner qu’un travail approximatif. De plus, il existe une hiérarchie méthodologique entre ces trois « pourquoi ». Puisque le choix est souvent à l’initiative des parents dans un premier temps, les raisons de causalité sont les plus parlantes que les autres. Rencontrer et connaître les expériences antérieures des parents est indispensable. Tenter de percer leur système de croyance sur l’état des choses devrait être la deuxième préoccupation d’une recherche. Enfin arrive les raisons de finalité mais qui bien souvent ne peuvent être que spéculatives puisqu’il est bien trop tôt pour vérifier le résultat de l’éducation d’un enfant.

En résumé, si vous optez pour une éducation sans école vous devez faire ce petit travail d’hygiène intellectuelle de comprendre toute la complexité d’un « pourquoi ». À ma connaissance les études réalisées jusqu’ici sont partielles et très limitées. Cette question intime doit être posée dans le for intérieur de chacun.

Tristesse de la quantité à l’heure du manque d’espace

Certains pensent qu’après, plus rien ne sera comme avant. Malheureusement je ne partage cet optimisme. La peur a envahi les rues, partout de petits caporaux, au gel et à la contredanse suspectent et verbalisent. La quantité des jours à vivre dans l’isolement a été préférée à la qualité de vie, aux relations et aux embrassades. Mais que valent ces journées sans amour?

L’organisation scolaire était déjà dans le paradoxe quotidien d’enfermer les enfants en prétendant les libérer, mais là…

Le déconfinement dans des espaces encore plus confinés que les appartements, sans contact, masqué, sans matériel partagé… qui peut penser que c’est une bonne idée, qui peut croire que nous sommes en présence d’un espace éducatif? L’absurdité devient ici un art majeur! L’école est un lieu pour garder les enfants afin que les parents aillent travailler à temps plein. Lorsque nous disions cela il y a encore quelques semaines nous étions des cyniques, mais alors que penser de ces décisions gouvernementales qui privilégient le déconfinement entassé et le manque d’espace plutôt que de rouvrir les aires de jeu, les parc nationaux et en France les forêts et les plages?

Si nous acceptons ces absurdités, si nous nous laissons gagner pas la peur, si nous préférons la quantité à la qualité alors il y a peu de chance que le monde change.