Avez-vous déjà vu des sauvages?

Il y a 325 ans, le massacre de Lachine | Le Devoir

Le premier ministre du Québec, François Legault est né en 1957. Quand il est entré à l’école en 1962 on lui a distribué des manuels scolaires. L’un d’eux aurait pu être « Mon livre de français » dans lequel on apprenait à lire avec des textes reflétant les compromis sociétaux et donc des programmes scolaires de l’époque. Extrait (p 179 du manuel de 4ème année, CM1):

« Avez-vous déjà vu des sauvages? Peut-être que non. Il faut dire qu’ils sont rares les sauvages aujourd’hui dans nos régions. Et puis, ceux qui restent sont bien différents de ceux d’autrefois. La religion catholique, voyez-vous, les a bien changés. Notre sainte religion arrange tant de choses!

Les sauvages du temps de Champlain, du Père de Brébeuf, de Dollard des Ormeaux, étaient bien méchants. Mais les Iroquois étaient certainement les pires de tous. Ah! ceux-là, si vous les aviez rencontrés dans les bois et que vous eussiez été seuls, sans votre papa ou vos grands frères pour vous défendre, ils vous auraient pris, amenées dans leur village, et là, ils vous auraient mangés, après vous avoir fait souffrir longtemps »

Les autochtones apprécieront! Mais qu’ils se rassurent tout le monde est servi. À la page des conjugaisons on peut s’exercer avec les verbes du 2ème groupe comme « obéir ». Extrait p.269

« Conjuguez à tous les temps de l’indicatif:

J’obéis comme un esclave nègre, tu obéis comme un esclave nègre… »

En France le ministre Blanquer est né en 1964, sa vision des sauvages est bien différente, notre sainte république arrange tant de choses!

» La première des libertés c’est d’interagir avec d’autres hommes, quand il n’y a pas cette liberté on devient un enfant sauvage » Blanquer à propos de l’Ief. (22/01/2021), Les clichés ont la vie dure.

Liberté À Défendre (L.A.D)

Les militants qui s’installent dans les bocages pour sauvegarder une part de notre environnement toujours plus menacé par la bétonisation ne sont pas des privilégiés qui ont le temps, parce qu’ils en ont le loisir, les ressources intellectuelles et financières, de défendre la jouissance de leur villégiature. Ce sont des gens qui prennent leur temps, leur argent et leurs ressources pour venir défendre un droit public, une terre à sauvegarder pour le bien de tous et de chacun. Pour cela ils créent des Zones à Défendre par tous et pour tous.

Les familles qui se battent pour la sauvegarde de la liberté éducative et du droit à éduquer leurs enfants sont dans cette même situation de défendre une liberté universelle. Nous sommes en présence d’une Liberté à Défendre, une L.A.D qui a besoin du soutien de tous et de chacun. Les débats sur l’école ses réussites et ses échecs sont un autre sujet. Les libertés ne sont pas concurrentes, elles sont occurrentes

Grenelle de l’éducation ou réunion syndicale?

Je découvre avec grand étonnement les 10 thèmes du Grenelle de l’éducation auxquels on nous propose de contribuer:

1 Revalorisation des enseignants

2 Écoute des enseignants

3 Accompagnement des personnels

4 Collégialité des enseignants

5 Formation des enseignants

6 Gouvernance des établissements

7 Déconcentration et autonomie de l’équipe éducative

8 Mobilité des enseignants

9 Les outils numériques pour l’enseignement

10 Protection des professeurs et valeurs de la République

Est-ce moi qui ai des problèmes de vue où le mot enfant n’apparaît jamais ni dans les intitulés ni dans les descriptifs détaillés, le mot élève est à peine évoqué? Comment prendre part à cette réunion syndicale de la condition enseignante si l’on ne fait pas partie de la profession? N’est-ce pas étonnant que les thèmes de l’autonomie des enfants, de leur motivation, de leur capacité à s’insurger contre une autorité injuste, leur droit d’expression, leurs souffrances, leurs rêves, leurs envies, les projets familiaux, le harcèlement, la phobie scolaire, l’abandon scolaire, la diversité des choix éducatifs, les alternatives, la place des arts, de l’activité physique, du contact avec la nature, la place du choix des enfants… ne soient jamais évoqués dans un Grenelle de l’éducation? Tout cela me paraît ubuesque!

Pourquoi certains s’opposent à la diversité éducative? Psychanalyse d’un naufrage

On peut voir dans les réactions de certaines personnalités politiques mais aussi de plusieurs intervenants publics et privés une sorte de refus de principe, un blocage, une colère parfois envers la réalité des enfants qui ne vont pas à l’école. On pourrait s’attendre à ce que tout pédagogue se réjouisse de la diversité, de l’inventivité éducative, de la créativité pédagogique et pourtant ils sont nombreux à se mobiliser pour que les familles aient moins de droit, soutenus en cela par une forte proportion de la population, dont plusieurs enseignants et chercheurs . Il me semble important de tenter de comprendre pourquoi.

Tout d’abord le mantra de l’école de Ferry « gratuite, laïque, obligatoire » est tellement répété qu’une immense proportion de français (y compris dans le corps enseignant) ne savait même pas que l’école n’était pas obligatoire. L’apprendre le 2 octobre 2020 lors de l’allocution du président Macron fut un premier choc pour eux. Deuxièmement, et c’est je crois le cœur du problème, l’école et son vœu pieux d’une institution égalitaire, pour tous et tout le temps, se montre impuissante à réaliser dans les faits l’égalité à laquelle elle s’accroche, il est aisé d’en faire le constat. Cette impuissance se change en passion morbide. Au lieu de célébrer la diversité, certains inspectent, suspectent en permanence toute tentative de ne pas être suffisamment égalitaire. En somme ils en viennent à reprocher aux autres ce qu’ils sont incapables d’accomplir eux-mêmes. Cette suspicion généralisée se change en impossibilité à produire du possible. Ils s’accrochent donc au connu, à l’habituelle incantation pour une école de l’égalité des chances plutôt que de reconnaître que l’équité est seulement possible dans l’inventivité éducative et la diversité foisonnante des expériences.

Mieux vaut tous couler tous ensemble à bord du Titanic, que de tenter la moindre expérience de sauvetage. Il est indispensable de torpiller toute initiative de surnager à quelques-uns. C’est en cela que cette guerre menée à l’instruction en famille est bien liée à une passion morbide, Thanatos plutôt qu’Éros.

Je pense que comprendre cette dynamique permettrait à ceux qui en sont victimes, et à ceux qui doivent dialoguer avec eux, d’un peu mieux identifier les enjeux, pour ouvrir sur un dialogue apaisé. Voilà pourquoi il me semble important de mettre au jour les forces cachées.

Et puisqu’on veut interdire l’instruction en famille…

… pourquoi ne pas interdire les voyages en famille et n’autoriser que les voyages de groupe, collectifs, encadrés par un professionnel diplômé en valeurs républicaines. On éviterait soigneusement les pays sources de radicalisation, tous ceux qui n’ont pas d’église par exemple.

Et pourquoi ne pas interdire les repas de famille, ceux où on rencontre le beau-frère un peu louche, le cousin qui vit on ne sait comment, la tante qui a fait un voyage au Maroc. Les repas de famille seraient soumis à une autorisation préfectorale et la liste des invités soigneusement vérifiée. Les conversations enregistrées pour retracer les commentaires suspects, anti-républicains.

Et puis tant qu’on y est les mariages, les cousinades, les anniversaires ne sont-ils pas des espaces de radicalisation en plus d’être des foyers de la maladie?

Non vraiment il est temps d’en finir avec ces maudites familles et de laisser les professionnels faire leur travail!