Enseigner ou laisser vivre la liberté d’expression à l’école?

Alors que la France, le corps enseignant et tous les partisans de la tolérance et de la liberté sont sous le choc du meurtre d’un professeur ayant voulu parler de liberté d’expression aux jeunes de sa classe, les réactions, les débats, les protestations se multiplient. L’heure est à la solidarité et au respect et je joins ma voix pour m’insurger contre la bêtise et l’ignominie peu importe son prétexte religieux, philosophique ou autre.

Est-ce que les pratiquants d’une instruction en famille qui sont menacés par des lois répressives soit disant en réponse à ces fanatismes ont quelque chose à apporter dans la réflexion qui secoue le pays? C’est sans doute un peu tôt pour le dire. Je vais pourtant m’y essayer, sans provocation ni esprit de discorde, seulement pour montrer que nos pratiques et réflexions peuvent contribuer favorablement à l’esprit républicain que tout le monde défend ici.

Dans le cadre de l’éducation sans école, nous avons l’habitude de laisser vivre les enfants à leurs rythmes, selon leurs intérêts et de les laisser apprendre dans un environnement non contraint. Cela implique que nous ne convoquons pas les enfants à une heure précise et obligatoire pour leur faire un cours sur le consentement, nous leur permettons de participer à cette discussion au moment où ils y sont prêts, demandeurs, attentifs, curieux, bref au moment où ils y consentent, ce qui n’est pas la même chose. Je pense que la liberté, la responsabilité s’apprennent en se vivant et non seulement en écoutant un cours qui en parle.

Ainsi j’entends partout dans les médias que les professeurs devraient aller au delà de leurs appréhensions et continuer à faire des cours pour expliquer, enseigner la liberté d’expression. Tant mieux. Mais les enfants à l’école ont-ils la possibilité de vivre une liberté d’expression aussi large que celle qu’on veut leur enseigner? Peuvent-ils être Charlie? Peuvent-ils faire un journal satirique, brocardant leurs professeurs, leur directeur avec le même mordant, la même tendre cruauté, la même irrévérence que celle qu’on leur montre dans le cours qui en parle? En un mot, cette liberté qu’on leur fait miroiter à l’extérieur de l’école est-elle en vigueur à l’intérieur. Si oui alors veuillez me pardonner de vous avoir fait perdre votre temps par cet article inutile. Si non, cette question pirate ne vaut-elle pas d’être débattue publiquement? N’y a-t-il pas là un enjeu éducatif majeur propre à questionner tout pédagogue?

Et si ça ne marche pas à l’école, où iront nos enfants?

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Rendre l’école obligatoire pose plusieurs problèmes majeurs. Celui de la liberté des parents et des enfants, celui du choix, des moyens… Mais cette décision que bien sûr le président Macron s’était bien gardé d’annoncer lors de sa campagne électorale pose un autre problème qu’il n’a sans doute pas anticipé, tout occupé qu’il était à peaufiner son effet d’annonce.

Plusieurs enfants sont en échec scolaire pour de multiples raisons, ce n’est pas une nouveauté. Pour ceux-là l’instruction en famille représente une porte de sortie, une respiration. L’enfant harcelé, intimidé, inadapté, surdoué, hyperactif, souffrant de tel ou tel trouble n’aura plus que la solution scolaire. L’enfant tout bonnement passionné par un des milliers de sujets que l’école n’offre pas à étudier tels l’astronomie, l’archéologie, la zoothérapie, l’anthropologie, la paléontologie, le symbolisme, l’étude des désert, de la littérature africaine ou perse, les arts martiaux, le théâtre No, l’éthologie, l’ethnobotanique ou je ne sais quelle autre connaissance, qu’adviendra-t-il donc de cet enfant passionné n’ayant plus d’autre choix que d’aller étudier par des méthodes discutables ce qu’il n’a pas demandé d’apprendre, à des heures qu’il n’a pas choisies, avec des gens nommés au hasard des mutations?

Et si malgré tous les efforts du personnel scolaire ça ne marche toujours pas? M. Blanquer qu’allez-vous proposer aux familles?

Le mur de l’école: horizon indépassable du bonheur

Depuis le temps que l’humanité cherche les conditions, les leviers du bonheur, depuis que les philosophes se demandent comment être heureux en tentant de concilier l’aventure et la sécurité, la découverte ou l’ignorance… voilà enfin la réponse! Emmanuel Macron et son gouvernement ont trouvé comment lutter contre l’ignorance, se protéger des aléas de la vie, faire cesser le bruit des guerres et réconcilier les peuples, saper les projets extrémistes, jouir de la concorde et connaître la félicité: Il suffit de passer les portes de l’école.

Cet havre de paix, d’amour, de respect, d’intelligence, de culture et de réconciliation nationale est la réponse à tout. Bien sûr il faudra forcer les derniers récalcitrants à être heureux malgré eux, il faudra envoyer l’inspecteur et le gendarme pour les pousser vers ce paradis intérieur. Mais qu’importe, l’école est la réponse définitive, indépassable à toutes les velléités de félicité. L’illettrisme, le décrochage, le racket et l’intimidation, la phobie scolaire et les suicides, les abus de pouvoir et les renvois ne sont que des carabistouilles qui seront bientôt réglés, n’en doutons pas.

Le mur de l’école est l’horizon indépassable du bonheur, alors ne cherchez plus comment éduquer vos enfants, ils ont trouvé!

Faut-il déserter le système éducatif et choisir la piraterie?

Aujourd’hui les questions sanitaires se superposent aux questions éducatives, pour les recouvrir, les déborder, les submerger. Se demander s’il faut ouvrir ou fermer les classes met dans l’ombre l’interrogation sur la nature de ces classes, des pédagogies, des relations…

On se retrouve piéger par le débat sanitaire. Envoyer ou non son enfant à l’école, vigilants aux questions de santé et oublieux des préoccupations éducatives. Tout un ensemble de considérations sont mises sous le tapis et chacun se demande plutôt s’il n’a pas oublié son masque.

Dans ce contexte, une étude canadienne montre que la cause de mortalité la plus importante chez les jeunes (10 à 14 ans) du pays est le suicide. En somme le climat anxiogène fait des ravages et la qualité des relations éducatives est encore moins garantie qu’avant.

N’est-il pas temps, plus que jamais, de reprendre son destin en main et de veiller à la santé mentale de la famille? N’est-il pas urgent de quitter le port et d’entrer en piraterie afin de se tailler un climat éducatif à sa mesure? Trouver les rythmes. les approches, les pédagogies qui permettent de se recentrer sur l’essentiel? Reconsidérer notre rapport au temps, au travail, à l’argent et s’inventer une vie à sa mesure.

La formation des pirates de l’éducation se propose de vous aider à tenter l’aventure. Elle est maintenant ouverte à tous et accessible jusqu’au 10 octobre. Bienvenue à bord. La piraterie bien comprise est une croisière où il fait bon vivre.

Combien vis-tu?

effeuiller la marguerite by Camillatr on DeviantArt

Nous vivons dans une société capitaliste marchande, est-ce encore utile de le souligner. Ce qui mérite peut-être d’être rappelé est que cette pensée paradigmatique infuse dans toutes les réflexions contemporaines. Ainsi savoir le métier qu’exerce une personne et donc se faire une idée de combien elle gagne nous intéresse parfois plus que la façon dont elle conjugue sa qualité de vie. Combien vis-tu? prend le pas sur comment vis-tu, es-tu heureux, quels sont tes équilibres?

À l’école, la socialisation supposée s’appuie sur la quantité d’enfants entassés dans le même bâtiment. Combien y a-t-il d’élèves (puisque le mot enfant semble exclus du vocabulaire scolaire)? prend le pas sur les carences d’une relation forcée, sous domination adulte, d’enfants classés par date de fabrication. La quantité de relations forcées semble être garante de la qualité. L’école permettrait la socialisation par l’immensité des enfants sur lesquels elle exerce ses contraintes. Logique!

En ces temps de pandémie, la quantité de vie de nos aînés est devenue la valeur absolue au détriment du nécessaire débat sur leur qualité de vie, leurs conditions et leur lien avec leur famille. Combien vis-tu ? est devenu la question centrale au lieu et place d’un légitime Comment vis-tu?

À l’école logiquement, la quantité d’heures de fréquentation devient plus important que la qualité de l’expérience vécue. Avec masques, compartimentés, sous surveillance policière, avec une socialisation entravée, des horaires serrées, des consignes à n’en plus finir… peu importe, l’important est que le nombre d’heures soient dispensées. C’est un enfer pour les parents qui se désolent, pour les professeurs et les enfants qui souffrent, mais tout va bien, la quantité est là. Pour la qualité de vie, l’apprentissage, le souffle et les rires on verra plus tard. Seule une menace de contagion pouvant affecter la quantité de vie peut mettre fin à cette injonction de fréquentation. Une quantité de jours à vivre contre une quantité d’heures à l’école. Voilà ce que nos dirigeants semblent seulement en mesure d’arbitrer, de mesurer, de compter…

Combien vis-tu? est devenu le mot d’ordre.