Des nouvelles

Dans l’ordre, Dans un restaurant mongol, Autour d’un jeu de Toc. Sur les pistes de ski. En dédicace au salon du livre

Vous êtes nombreuses et nombreux à me demander de nouvelles des enfants, comment ils s’adaptent à leur vie scolarisée, rappelons-le contre leur volonté et la mienne. Voilà donc quelque nouvelles. Les enfants vont globalement bien même si leur rythme chrono-biologique est contraint. Nous adaptons les horaires et ne sommes que très exceptionnellement à l’heure. Les enfants ont découvert l’ennui des longues heures de classe. Ils s’adaptent et apprennent à jouer avec les consignes, à ruser, à se soustraire, à faire semblant d’être intéressés. Ils apprennent aussi à composer avec l’autorité injuste, les fausses manœuvre de concertation. Mais on adapte aussi les semaines. Parfois le besoin de faire des activités physiques, de renouer avec la nature, de découvrir d’autres environnements s’impose. Alors nous faisons l’école buissonnière.

Certains enseignants adhèrent à cette vision de l’éducation, d’autres prennent cela comme la remise en question de leur pouvoir et de leur foi scolaire et ont plus de mal. Mais cela les regarde. Je continue à accompagner les enfants du mieux que je peux. Accompagner les enfants sans cautionner le système de domination scolaire est un jeu d’équilibre. Je m’y exerce encore.

Se désintoxiquer du langage positivé

Il n’est certes pas facile de lutter contre les évidences d’une institution, de la pensée normale, de la conformité bienheureuse. Tout d’abord parce que les personnes qui nous permettraient d’engager la lutte font parfois partie elles-mêmes des institutions tels les juges, avocats, politiques, inspecteurs, professeurs… C’est comme si nous voulions effacer un mot écrit au tableau mais que le seul instrument à disposition soit une craie. La craie n’a aucune idée du concept d’effacement vu qu’elle est faite pour écrire. Maslow disait « Si le seul instrument dont tu disposes est un marteau, tu auras tendance à tout considérer comme un clou » .

.Mais le plus déroutant est d’avoir à lutter contre les trouvailles quotidiennes des institutions qui ont pour mission d’auto justifier leurs choix et s’emploient à priver toute pensée contradictoire du vocabulaire nécessaire à son argumentation. Le néo-libéralisme triomphant a réussi à faire oublier certaines habitudes, des références communes qui avaient pourtant prévalu pendant des décennies. Ainsi les exploités et les travailleurs sont devenus des défavorisés et des employés voire du capital humain. Le monde n’est plus tout à fait le même.

L’école a-t-elle échappée à cette entourloupe langagière? Certainement pas. L’école de la confiance, de la réussite, de l’égalité des chances… fonctionne par méthodologie de projet, dernier avatar du contrôle hiérarchique, puisque les mises en méthode, en buts et en moyens font l’objet de contrôle, de vérification, d’évaluation par l’instance qui s’accorde le pouvoir d’accepter ou de refuser. Les élèves sont jugés sur des compétences, donc des comportements aux critères totalement arbitraires. Les punitions sont devenues des rattrapages, et l’obéissance est devenue le vivre-ensemble, les parents des co-éducateurs. Bien sûr quand je dis à l’école qu’en tant que titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat en éducation, libre de mon temps et chercheur, auteur, conférencier international, cela me ferait plaisir d’être co-éducateur et d’aider à penser l’école, on me répond qu’on a besoin de moi pour accompagner une sortie ou pour seconder le professeur dans un exercice ou une séance déjà planifiée. On ne veut pas de ma tête, seulement de mon adhésion au projet d’école et de mes petites mains aidantes.

Finalement, lutter contre les abus d’une institution en utilisant les instances de cette même institution, prisonnier du vocabulaire qu’elle impose, est une entreprise incroyablement énergivore. Personne ne m’en voudra dans ces conditions de trouver la piraterie plus accessible.

La force d’un paradigme

Thomas Jefferson

Quand Thomas Jefferson, irrité par la tutelle britannique, contestant l’inégalité entre les humains et de ce fait la suprématie héréditaire de la couronne, proposa la déclaration d’indépendance, il prit soin d’établir en tout premier que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Pendant qu’il écrivait cela penché sur son bureau d’acajou, quelques 200 êtres humains que l’on nommait alors esclaves travaillaient sur ses terres. Le paradigme est un anesthésiant puissant de la pensée. Il empêche de voir au-delà de ses propres intérêts et ornières. Pour Jefferson, entièrement plongé dans le paradigme propriétariste de son époque, la possession d’êtres humains n’était pas à remettre en question. Même si par la suite il œuvra à faciliter l’émancipation des esclaves en échange du dédommagement de leur « propriétaire ».

En France le ministre de l’éducation veut soumettre les professeurs à un régime de contrôle de la performance, à une exigence de rendement. Bien sûr le corps enseignant s’insurge et se demande comment il serait possible de faire entrer des individus tous différents, œuvrant dans des conditions diverses dans des grilles de résultat et de classement. Comment noter, évaluer toutes les subtilités des relations humaines et des exigences de la vie en classe. Bien sûr, on ne peut qu’être d’accord avec les professeurs. La question se pose pourtant lorsque les enseignants ne voient à leur tour aucun problème à noter, évaluer, comparer, classer, récompenser ou punir ces êtres humains en situation d’enfance qu’ils s’obstinent à appeler élèves. Soumettre donc toutes les subtilités des apprentissages des enfants, toute la diversité des intelligences à des tests, examens, contrôles standardisés leur paraît tout à fait normal pour les moins de 16 ans mais intolérable pour eux.

Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de l’indignation et refuser pour les autres ce que les professeurs ne peuvent admettre pour eux-mêmes? La force du paradigme méritocratique a contaminé bien des esprits. Il serait temps d’y réfléchir.

Une petite fiction croustillante!

Une lectrice de mon site (merci Stéphanie) m’inspire une idée qu’on pourrait soumettre à nos chères femmes et chers hommes politiques grisonnants.

Pourquoi ne pas instaurer la Maison de retraite obligatoire pour les plus de 70 ans! Cela permettrait de lutter contre le manque de socialisation des aînés, de maintenir des heures d’activités intellectuelles pour lutter contre la sénilité précoce, de garantir une hygiène minimale, le suivi des vaccinations… Les aînés seraient en plus entourés d’un personnel qualifié et compétent. Alors pourquoi attendre?

Bien sûr on pourrait exceptionnellement rester chez soi à condition de fournir au ministère un « projet d’autonomie » qui serait évalué et suivi par des agents patentés. Une fois par année, chaque personne âgée devrait passer un examen afin de vérifier la réalité de leur non dégénérescence et en cas d’échec, ce serait l’internement obligatoire pour « insuffisance gériatrique ». Les services sociaux se feraient fort de montrer que la famille ne fournit pas suffisamment de mots fléchés et de jeu de Scrabble et la tenue d’un port-folio des activités ne pourrait jamais être suffisamment convaincante. Bien sûr le ministre responsable viendrait clamer à la télévision que l’examen obligatoire de Scrabble n’est en rien une contrainte puisque les familles ont la liberté de vérifier l’orthographe des mots dans Le Larousse ou le Robert, selon leur entière liberté!

Les anciens qui ne performeraient pas dans leurs activités en maison de retraite (Bingo, Karaoké, pétanque…) ferait l’objet d’un suivi psychologique visant à prévenir le décrochage et des campagnes seraient menées pour favoriser l’intégration des vieux.

Le Canada est en période d’élection, je crois que cela devrait faire partie du programme de tout candidat responsable! 🙂

Retour de tournée!

Me voilà de retour à Montréal après un périple riche d’émotions. Moi qui cultive une piraterie plutôt solitaire, j’ai pu apprécier par deux fois la force des énergies collectives quand elles sont mises en œuvre avec générosité et intelligence. D’abord au Festival Maintenant de Louvain La Neuve où des dizaines d’acteurs du changement impliqués et enthousiastes savent mettre le coup de pied dans la fourmilière à la juste mesure en gaieté et en chanson. Puis à Pourgues où se déploie le raffinement de la vie collective. Ici on n’a pas choisi entre liberté collective et individuelle, on a pris les deux et l’orchestration des bonnes volontés donne un résultat en parfait équilibre et si inspirant. Merci de nous avoir reçu et de continuer de nous éclairer chacun à votre façon de vos lumières. À très bientôt.