Quand Krishnamurti était un pirate de l’éducation

« Quel compromis peut-il y avoir entre la liberté et l’acceptation de l’autorité? Ceux pour qui ce compromis existe ne sont pas authentiquement sincères lorsqu’ils déclarent vouloir trouver la connaissance de soi et la liberté. Nous avons l’air de croire que la liberté est un but ultime et qu’en vue de nous libérer, il nous faut d’abord nous soumettre à diverses formes d’oppressions et d’intimidation. Nous espérons atteindre la liberté en nous conformant à quelque chose, mais les moyens ne sont-ils pas aussi importants que la fin? Ne façonnent-ils pas la fin?

(…) Si la fin est la liberté, le début doit être libre car la fin et le commencement sont un. Il ne peut y avoir de connaissance de soi et d’intelligence que lorsqu’il y a liberté dès le premier pas; et la liberté est niée par l’acceptation de l’autorité »

Krishnamurti. De l’éducation.

Retour à Montréal

Nous repartons du Maroc aujourd’hui avec un pincement au cœur et pleins des belles rencontres qui nous ont permis de découvrir les raffinement de cette mosaïque de cultures toujours vivaces. Les éducations libres sont encore en début de chemin mais les questions sont là, les possibilités aussi et le Maroc sera sans doute bientôt un acteur majeur dans le domaine. Nous avons aussi été surpris par la force de la communauté d’aïkido et les dojos fleurissent partout dans le pays. Pour finir avant de sauter dans l’avion, le Maroc a une réputation d’accueil qui n’est plus à démontrer, mais la réputation est en dessous de la vérité, l’ouverture et la fraternité de nos hôtes nous habite encore et pour longtemps. Je rentre au Québec avec la conscience que la liberté éducative est une nouvelle fois menacée. Vous allez pouvoir continuer à compter sur moi!

Nouvel assaut de la norme imbécile au Québec!

Je suis consterné d’apprendre que le ministre Roberge veut généraliser les examens ministériels pour les enfants n’allant pas à l’école. Bien que ce soit maintenant habituel, le fait de confondre « droit à l’éducation » et « obligation d’examen » demeure une arnaque conceptuelle, éthique et pour tout dire d’une bêtise ordinaire crasse. Encore une fois, on se pare « du gros bon sens » du fond de taverne afin de faire passer une contrainte normative pour un droit. C’est une recette éculée du populisme débutant qui fait passer l’obligation pour un droit, la sécurité pour de la liberté, la conformité pour de l’égalité, et la niaiserie pour un projet politique. En France un mouvement de désobéissance civile s’organise contre le mouvement de vis sans fin qui oppresse de plus en plus les familles. Certains affichent leur refus de se conformer à l’injonction ministérielle et font gronder le vent de la révolte. L’heure de la piraterie a peut-être sonné au Québec aussi!

Reproduction environnementale

Depuis Bourdieu, notamment, il est avéré que l’école est un lieu de reproduction sociale qui loin de réduire les inégalités de classes, les cultive, les entretien, les valide.  On peut même avancer avec Ivan Illich que » l’école est l’agence de publicité chargé de nous vendre la société telle qu’elle est ».  Pourquoi en irait-il autrement des questions environnementales? Je lis un peu partout qu’il y a urgence climatique, catastrophe sur le vivant, invasion du plastique… et bien sûr, chacun peut vérifier que tout cela est malheureusement vrai. Je lis aussi, que l’éducation (souvent ramenée à l’école) serait La réponse à tout ça, comme si les jeunes générations devaient être tenues responsables des erreurs de leurs aîné(e)s. Mais si l’école est le lieu (par excellence?) de la reproduction sociale, sociétale, comment peut elle apporter une réponse nouvelle, à la hauteur des défis environnementaux? Quand un enfant ramené à sa condition d’élève doit passer par l’autorisation adulte pour renverser la table, c’est comme si les sans-culottes avaient dû demander l’autorisation à Louis XVI de faire la révolution. Cela n’a aucun sens et n’est qu’une façon supplémentaire de ne pas trop déranger ceux qui sont à l’origine du problème et qui congrès inutiles après colloques payés de bonnes intentions et de déclarations creuses, continuent de mener la vie écocide qu’il faudrait révolutionner. Encore une fois l’école participe à l’illusion du changement, meilleur moyen de ne rien changer!

Inventer pour grandir

Les enfants sont naturellement inventifs, créateurs. Leur besoin de grandir ne s’arrête pas à des considérations physiologiques. Un enfant grandit en buissonnant, dans tous les sens, il agrandit son espace intérieur en même temps qu’il structure son monde. Sa surface d’interactions avec les autres et l’environnement a besoin d’être sécurisée par des repères, des ports d’attache, des figures stables. Alors l’enfant peut partir à l’aventure. Créer des jeux est une façon de structurer son monde intérieur et de se frotter aux autres dans un espace convenu. Mes enfants créent naturellement des jeux. Cela correspond à leurs besoins. Ils n’ont nulle envie que quelqu’un organise à leur place le processus de création, non plus qu’ils ont besoin de l’injonction adulte de réaliser un projet. Le jeu consiste à créer le jeu de façon libre et autonome. Obliger l’enfant à correspondre au cahier des charges d’une méthodologie de projet en cours dans les milieux industriels est une façon de mettre l’enthousiasme de l’enfant en boîte. Si cela est sécurisant pour l’adulte parce que cela correspond au programme, cette injonction avorte l’énergie vitale du créateur et circonscrit l’enfant au lieu de le laisser grandir. Vous croyez que les enfants ont besoin d’être encadrés par des adultes pour créer? Alors prenez conscience que vous placez l’enfant dans un acte de reproduction sociale et non dans une liberté créatrice.  Et enseigner la reproduction n’a jamais permis de réinventer l’avenir!