Reproduction environnementale

Depuis Bourdieu, notamment, il est avéré que l’école est un lieu de reproduction sociale qui loin de réduire les inégalités de classes, les cultive, les entretien, les valide.  On peut même avancer avec Ivan Illich que » l’école est l’agence de publicité chargé de nous vendre la société telle qu’elle est ».  Pourquoi en irait-il autrement des questions environnementales? Je lis un peu partout qu’il y a urgence climatique, catastrophe sur le vivant, invasion du plastique… et bien sûr, chacun peut vérifier que tout cela est malheureusement vrai. Je lis aussi, que l’éducation (souvent ramenée à l’école) serait La réponse à tout ça, comme si les jeunes générations devaient être tenues responsables des erreurs de leurs aîné(e)s. Mais si l’école est le lieu (par excellence?) de la reproduction sociale, sociétale, comment peut elle apporter une réponse nouvelle, à la hauteur des défis environnementaux? Quand un enfant ramené à sa condition d’élève doit passer par l’autorisation adulte pour renverser la table, c’est comme si les sans-culottes avaient dû demander l’autorisation à Louis XVI de faire la révolution. Cela n’a aucun sens et n’est qu’une façon supplémentaire de ne pas trop déranger ceux qui sont à l’origine du problème et qui congrès inutiles après colloques payés de bonnes intentions et de déclarations creuses, continuent de mener la vie écocide qu’il faudrait révolutionner. Encore une fois l’école participe à l’illusion du changement, meilleur moyen de ne rien changer!

Inventer pour grandir

Les enfants sont naturellement inventifs, créateurs. Leur besoin de grandir ne s’arrête pas à des considérations physiologiques. Un enfant grandit en buissonnant, dans tous les sens, il agrandit son espace intérieur en même temps qu’il structure son monde. Sa surface d’interactions avec les autres et l’environnement a besoin d’être sécurisée par des repères, des ports d’attache, des figures stables. Alors l’enfant peut partir à l’aventure. Créer des jeux est une façon de structurer son monde intérieur et de se frotter aux autres dans un espace convenu. Mes enfants créent naturellement des jeux. Cela correspond à leurs besoins. Ils n’ont nulle envie que quelqu’un organise à leur place le processus de création, non plus qu’ils ont besoin de l’injonction adulte de réaliser un projet. Le jeu consiste à créer le jeu de façon libre et autonome. Obliger l’enfant à correspondre au cahier des charges d’une méthodologie de projet en cours dans les milieux industriels est une façon de mettre l’enthousiasme de l’enfant en boîte. Si cela est sécurisant pour l’adulte parce que cela correspond au programme, cette injonction avorte l’énergie vitale du créateur et circonscrit l’enfant au lieu de le laisser grandir. Vous croyez que les enfants ont besoin d’être encadrés par des adultes pour créer? Alors prenez conscience que vous placez l’enfant dans un acte de reproduction sociale et non dans une liberté créatrice.  Et enseigner la reproduction n’a jamais permis de réinventer l’avenir!

Climat de révolte, révolte du climat!

J’ai participé à la COP 11 de Montréal en 2005! J’ai également participé à trois congrès mondiaux d’éducation à l’environnement. Pour quels résultats? Le plus honnêtement du monde, je dirai aucun. Notre génération, celle qui m’a précédée et celle qui m’a suivie ont échoué. Aujourd’hui un vent de révolte souffle depuis la prime jeunesse du monde, ils nous montrent du doigt et nous accusent à juste titre. Dans les écoles les comités se réunissent pour savoir si après un vote à mains levées, ajustement avec l’agenda, autorisation de la direction et accord des professeurs, les jeunes auront le droit de faire la révolution le 15 mars entre 13h et 15h30.

Je n’ai aucun conseil à donner aux jeunes en la matière. Si ce n’est de se rendre à l’évidence. Nous avons échoués! Alors croyez-vous que vous réussirez quoi que ce soit au sujet de l’urgence climatique en adoptant nos méthodes, en attendant nos autorisations, nos permissions et nos votes au conseil d’école? Renversez-nous, passez-nous sur le corps, rugissez de toute la fougue de votre jeunesse. Faîtes-le pour vous et aussi un peu pour nous. Inventez le monde que nous n’avons pas su créer pour vous, la révolution n’a pas d’autorisation à attendre! Merci à vous.

Bataille de classe

Il arrive parfois que l’on m’interpelle sur mon vocabulaire batailleur, ma piraterie conceptuelle, mon caractère mousquetaire. Moi-même je me demande si l’univers des jeux de rôle dans lequel baignent mes enfants depuis toujours n’est pas un peu trop guerrier. Haches, épées, boucliers peuplent l’imaginaire de mes garçons. Mais je me méfie plus que tout de la respectabilité des gouvernants, de tous ceux qui appliquent avec un certain détachement et une naturelle décontraction l’oppression quotidienne. Ceux-là s’offusquent des réactions de leurs victimes en employant les mots de respect, de la raison gardée, de leur refus de l’inacceptable violence.

Mais leur violence à eux, leur lutte des classes, leur mépris s’appliquent avec une froideur toute diplomatique, en se parant de la respectabilité la plus enviable. Juges, députés, ministres, comptables, inspecteurs ne font que faire respecter la normalité, l’ordre. La France est en train de généraliser l’instruction obligatoire dès 3 ans avec inspection uniformisée et récurrente. Voilà rien que de très normal, un peu de violence ordinaire pour piétiner la liberté des familles à choisir ce qu’elles voudraient offrir de mieux à leurs enfants et au passage faire porter la suspicion de l’incompétence parentale généralisée.

Alors non, je ne regrette pas de m’armer d’esprit batailleur et d’apprendre à mes enfants à déjouer les évidences oppressives, les leviers les mieux dissimulés du pouvoir. Non mes enfants ne seront jamais trop armées pour faire face à ce monde qui manquera de plus en plus d’espace libertaire.

L’éternelle domination adulte!

Aujourd’hui il neige, les écoles sont fermées. Mon fils échappe donc à sa 11ème visite chez le directeur depuis le début de l’année. Cela n’avait pas l’air de le traumatiser, il m’a dit l’autre jour « L’objectif de 10 est atteint maintenant c’est juste pour le fun ».

Voilà l’objet de sa comparution à venir. Il y a dans la cours d’école une sorte de container  en métal pour ranger du matériel. Bien sûr le toit du container est très facilement accessible mais interdit par le règlement de l’école. Lylhèm se fait un plaisir de grimper dessus en toute occasion. Arrivant hier en fin d’après-midi pour récupérer mes enfants épuisés, je trouve Lylhèm perché sur le dit container. Un employé de l’école (le responsable d’entretien) lui intime de descendre. Lylhèm demande pourquoi. L’homme lui rappelle le règlement mais Lylhèm lui répond que le règlement ne s’applique pas puisque la cloche a sonné et que l’école est finie. Bien sûr la petite provocation fait son effet et l’homme s’énerve, le fait descendre, le coince contre une barrière et lui dit « Moi, on ne m’obstine pas! » Expression couramment employée au Québec pour signifier « on ne me conteste pas ». Il se propose de l’amener chez le directeur pour régler cette affaire. C’est là que je suis intervenu.

Bien sûr, l’escalade de Lylhèm est provocatrice, il y a sans doute bien mieux à faire. Mais son argument est assez intéressant. La discipline scolaire s’exerce-t-elle en dehors des heures d’école? Étant donné que la cours est accessible en tous temps (soir, fin de semaine, vacances) le règlement s’applique-t-il la nuit? L’autorité du personnel scolaire s’exerce-t-elle en dehors des heures d’école? La réponse de l’adulte n’est pas à la hauteur de ce questionnement. Revenons précisément sur ce « Moi, on ne m’obstine pas! » Que veut dire exactement cette phrase?

« Dans la vie, personne ne conteste jamais ce que je dis, en aucune circonstance » ou plus probablement « aucun enfant ne peut contester les dires d’un adulte »? Que Lylhèm ait le droit ou non de monter sur le container est un autre débat. Ce qui m’interpelle ici c’est ce pouvoir adulte qui n’a d’autre excuse à donner pour sa légitimité que sa propre existence! J’ai donc bien hâte de voir comment l’école développera, comme elle le prétend, l’esprit critique, la sensibilité au consentement, l’autonomie des enfants.