Les raisons de la « scolère »

Il existe plusieurs raisons rationnelles de scolariser un enfant mais aucune ne concerne son éducation. La société a besoin d’écoliers, certains parents ont besoin de l’école, mais l’enfant n’a nul besoin d’enfermement et de mise en discipline. N’importe quelle personne honnête peut faire le constat que l’école ne respecte ni les besoins chrono-biologiques de l’enfant, ni ses besoins de mouvement, de jeu libre ou de contact nature. Toutes ces dimensions dont la science démontre chaque jour, (suivant en cela l’intuition des grands pédagogues), l’impérieuse nécessité pour un développement équilibré.  L’école limite le temps de l’enfant, organise son espace, et lui inocule l’obéissance et la conformité en guise de bonne conduite. Comment donc une personne honnête pourrait prétendre que la scolarisation est dans l’intérêt de l’enfant? La réponse la plus immédiate est que l’enfant ne pourra pas toujours choisir et que c’est une façon de l’habituer à sa future vie d’adulte. Mais alors que deviennent les prétentions à l’émancipation, au développement, au bonheur…? Implicitement cela signifie-t-il que le bonheur est dans l’obéissance et la conformité? Quiconque prétend cela se ment à lui-même et à ses enfants. Il se rassure en entretenant chez sa fille ou son fils l’idée que la vie ne peut être qu’une question de choix à l’intérieur de balises que d’autres fixeront toujours pour lui. J’encourage donc chaque parent à dire la vérité à leurs enfants scolarisés:

« Ta scolarisation correspond à un mode de vie industriel généralisé que je sais oppressant et dévoreur de temps de qualité. Je n’ai pas trouvé la force, les moyens, la méthode de déjouer, de remplacer, d’améliorer ce mode de vie. Tu vas donc à l’école à cause du manque d’imagination de notre époque et peut-être aussi à cause du manque de courage des adultes pour bâtir un monde plus respectueux de tes besoins fondamentaux »

Mais qu’on cesse de dire aux enfants qu’ils vont à l’enfermement pour leur libération. Merci pour eux!

Environnement éducatif

Et sur les conseils de la modernité industrielle, on créa des espaces fonctionnels, propres et beiges. Sur les conseils de l’hygiène et de la sécurité on interdit aux enfants d’y courir, d’y lancer un ballon! Alors les enfants apprirent à marcher droit, en silence et en rang. Ils apprirent aussi à trouver ça normal. Puis ils devinrent architectes, et construisirent toujours plus droits, toujours plus propres, toujours plus irrespirables. Et tandis que la nature s’épuisait, depuis leur couloir sans fenêtre, ils ne s’en rendirent pas compte.

Puissions nous donner à nos enfants des arbres par millions et suffisamment de temps pour y grimper, jusqu’à la dernière branche, jusqu’à l’abolition des couloirs beiges!

L’imposture de l’égalité des chances en éducation

« Égalité des chances » est un slogan courant que l’on entend dans la bouche tant de ceux qui ne veulent rien changer au système tel qu’il est que dans le discours de ceux qui prônent sincèrement une équité éducative. Malheureusement ce concept est, à l’analyse, d’une profonde insignifiance.

Soit il désigne de mettre plus de monde sur la ligne de départ dans la course aux diplômes. Convenons que partir d’une même ligne n’est en rien garant d’une égalité si l’escargot, le poisson rouge, le léopard et le moineau font la même course. Avoir le droit de s’inscrire à un programme d’étude où la culture générale offerte par l’entourage, les contacts, les moyens financiers, les conditions de logement… vont jouer un rôle majeur dans la vie de l’élève, ce n’est pas à proprement parler d’égalité.

Soit ce slogan désigne une égalité sur la ligne d’arrivée multipliant le nombre de diplômés. Mais puisque le système est pyramidal et qu’un diplôme n’a de valeur que par sa rareté sur le « marché du travail », il faudra trouver d’autres critères de sélection et le problème sera déplacé au lieu d’être résolu. Le jour où 99% d’une population possède un  même diplôme, celui-ci est supprimé puisque rendu incapable de répondre à son utilité de sélection. Qui se souvient en France du « Certificat d’étude » sanctionnant la fin du primaire?

En somme aucune approche quantitative ne peut être satisfaisante en éducation. Seule une éducation permettant d’être soi-même, conscient que sa condition actuelle n’est qu’une modalité parmi les possibles peut mener vers une société heureuse et équilibrée.

Petite vigilance pour une pensée libertaire

Il est parfois une confusion sur laquelle je me dois d’attirer votre attention. Une connaissance un peu trop superficielle de la pensée libertaire pourrait amener à la confondre avec la pensée libertarienne. Cette confusion est d’autant plus présente dans un monde où la pensée anglophone est dominante puisqu’en anglais « libertarian » ne fait pas la différence entre les deux.

Dans nos démarches pour la liberté éducative nous devons être vigilants à ne pas tomber dans le piège de la confusion. Ce serait comme confondre Brassens et Trump, les copains d’abord et America first. Le libertaire est pacifiste quand le libertarien est militariste, le libertaire est pour un monde sans frontières quand le libertarien tient à la propriété privée et construit des murs, le libertaire est pour la fraternité entre les peuples quand le libertarien est un patriote. Le libertaire est attaché à la solidarité publique quand le libertarien ne veut pas que l’état entre dans sa chambre à coucher. Le libertaire est anti-clérical quand le libertarien est souvent impliqué dans sa paroisse.

Pour ce qui nous concerne donc, je crois que l’école publique, la vigilance du ministère, les services sociaux ne sont gênants que lorsqu’ils confondent protection et mise sous tutelle, droit et obligation, unité et uniformité. Pour le reste je ne suis pas contre les services publics et j’use sans réserve des bibliothèques et des piscines gratuites. Je ne suis donc pas contre l’état, mais à l’intérieur, je privilégie la diversité, l’autonomie et la responsabilité. Un libertarien se barricaderait chez lui, fusil en main en clamant que l’état n’a pas à intervenir dans sa vie, ni à prélever d’impôts, ni à vérifier quoi que ce soit.

Chacun est libre de penser ce qu’il veut, mais cette liberté est plus belle quand elle est informée. Ce petit mot vise à y contribuer. Nos manifestations arrivent, nos slogans aussi. Ne tombons pas dans le piège de messages pour lesquels ces points ne seraient pas clarifiés et qui ne rendraient pas justice à notre philosophie.