Dictionnaire énervé de l’éducation!

Voilà ma contribution (un peu énervée) à la désintoxication de la langue de bois éducative! À mettre entre toutes les mains!

  1. Académie : Vatican de l’enseignement.
  2. Apprentissage: Processus naturel se déroulant sans manipulation.
  3. Approche: Opération furtive de celui qui n’assume pas ce qu’il veut inculquer.
  4. Autonomie : L’art d’exiger d’un enfant qu’il se détache sans prendre le soin de vérifier qu’il soit véritablement attaché quelque part.
  5. Arrêt maladie : Moyen de dépression.
  6. Avancement : Façon de virer un collègue par le haut.
  7. Bavardage : Liberté de bruit de fond.
  8. Bourse : Assurance survie.
  9. Budget : Des si… des si…mais, décimé !
  10. Bulletin : Tin tin… tintamarre marre marre et remarre!
  11. Cantine : Le bruit et l’odeur !
  12. Carnet de correspondance : Sorte de journal intime dans lequel le principal intéressé n’a pas le droit d’écrire.
  13. Cheminement : Chemine…ment !
  14. Classe: Espace dans lequel on enferme l’enfant pour lui donner les clefs de sa liberté.
  15. Collègue : Sourire devant, fou-rire derrière.
  16. Compétences transversales : Qui restent en travers de la gorge.
  17. Compétences: Critères professionnels appliqués à l’insouciance de l’enfance.
  18. Contrôle : Trait d’union entre l’apprentissage et le stress.
  19. Correction : Connaître la règle sur le bout des doigts.
  20. Cours de récréation : Lieu où on se fait marcher sur les pieds pour avoir le ballon sans jamais le toucher.
  21. Décrochage : Volonté de se sortir des crochets.
  22. Devoirs : Façon de savoir ce que fait l’enfant après l’école.
  23. Devoirs de vacances: Vacances de devoirs parentaux.
  24. Délégué de classe : Apprenti syndicaliste.
  25. Didacticien : Pédagogue qui se regarde le nombril.
  26. Didactique: Discipline qui consiste à saucissonner les évidences en gestes infiniment petits tout en les présentant comme s’ils étaient infiniment grands.
  27. Diplôme : Étape à partir de laquelle on peut oublier ce que l’on a appris.
  28. Discipline: Manœuvre nécessaire au professeur présentée comme indispensable à l’élève.
  29. Directeur/trice : Presque collègue.
  30. Dyslexique : Mot inventé pour embêter ceux qui le sont.
  31. Échec : …Et math !
  32. Échec scolaire : Échec d’un système délicatement posé sur les épaules d’un enfant.
  33. École: Conglomérat de cellules.
  34. École alternative: Autoroute qui se prend pour un chemin de campagne.
  35. Éducation: Art de forger en un enfant un miroir déformé de soi-même.
  36. Éducation physique : Obligation de gigoter glissée entre deux interdictions de bouger.
  37. Élève en difficulté : Enfant qui pose des difficultés au professeur.
  38. Élève : Enfant captif involontaire.
  39. Enfant : Matière première à transformer en élève.
  40. Enseignement: Manipulation de l’apprentissage.
  41. Étude : Contraction d’ « état de solitude »
  42. Évaluation : Manière pour un professeur de dire aux mauvais élèves ce qu’il pense d’eux et aux bons ce qu’il pense de leur copie.
  43. Examen : Occasion d’apprentissage de la fraude.
  44. Expression : Droit de dire ce que l’autre veut entendre.
  45. Faute : Pire qu’une erreur.
  46. Ferrer, Francisco : Cible facile.
  47. Freinet, Célestin : Pour se rappeler qu’on peut être viré de l’école et quand même laisser son nom dans l’histoire.
  48. Grands pédagogues: Peintres en bâtiments qui préfèrent le rose au gris. Ravaleurs de doctrines.
  49. Grève : Trêve de bavardages.
  50. Hyperactivité : Se dit de celui qui n’arrive pas à se taire et à rester assis pendant 7 heures.
  51. Inspecteur : Qui ne voit rien mais qui sait tout.
  52. Intimidation : Jeu de pouvoir qu’un directeur reproche à un élève en le convoquant tout seul dans son bureau !
  53. Journée pédagogique : Qui tombe toujours un lundi ou un vendredi… bizarre !
  54. Matière : Intérêts de l’élève découpés en sections de cinquante minutes.
  55. Ministère : Mot composé de ministre et de misère.
  56. Mise à jour : Adapter l’enfant aux dernières consignes.
  57. Montessori, Maria : Faire en petit ce que l’on pourrait faire en grand.
  58. Motivation : Tentative pour rallumer le feu que l’on a étouffé.
  59. Moyenne : Barre asymétrique.
  60. Note : Chiffre qui se passe de mots.
  61. Objectifs pédagogiques: Énoncés écrits dans le but de rassurer les inspecteurs et d’effrayer les parents.
  62. Orientation : Donner presque le choix.
  63. Parent : Obstacle à la démarche du professeur.
  64. Participation : Un doigt levé bien haut.
  65. Patience : Qualité qui se partage entre celle d’un professeur et celle de ses élèves.
  66. Pédagogie: Art de compliquer l’enthousiasme.
  67. Persévérance scolaire : Manière de dire que le décrochage est de la responsabilité de l’enfant.
  68. Piaget, Jean : Homme qui a su apprendre de ses enfants.
  69. Primaire : Début de peine.
  70. Professeur: Adulte captif volontaire.
  71. Psychologie scolaire : Art de compliquer l’enfance. Façon de responsabiliser l’enfant pour les difficultés des adultes.
  72. Punition : Ça lui apprendra puisqu’il est là pour apprendre !
  73. Rang : Placement en ligne.
  74. Récompense : Compense !
  75. Réforme scolaire : Peinture sur soi.
  76. Règlement intérieur : Pour apprendre à lire entre les lignes.
  77. Renouveau pédagogique : Aussi attendu et aussi vite descendu que le Beaujolais nouveau. Personne n’aime ça mais tout le monde le boit afin de pouvoir dire qu’il n’est pas bon.
  78. Rentrée : Renvoi en appel.
  79. Renvoi : Sortie scolaire.
  80. Retenue : Heures supplémentaires de présence pour bien faire comprendre à l’élève que la présence à l’école est une punition en soit.
  81. Réussite scolaire : Célébration de la réussite de l’école, quel que soit le prix payé par les élèves.
  82. Salaire : Fond de classe.
  83. Sanction : Pour donner de la valeur à la récompense.
  84. Sciences de l’éducation : Seule matière que l’on n’enseigne pas aux enfants, comme aucun grain de blé ne suit de cours d’agronomie, curieux !
  85. Secondaire : Pas vraiment essentiel.
  86. Sentiment d’efficacité personnelle : Mesure narcissique de l’inefficacité collective.
  87. Souffrance scolaire : Chuuut !
  88. Soutien scolaire : Tenu à bout de bras pour ceux qui sont à bout de souffle.
  89. Steiner, Rudolf : Parent pauvre de la pédagogie allemande.
  90. Stratégie : Manœuvre qui permet à l’enfant d’apprendre sans s’en rendre compte afin de ne pas savourer le goût d’apprendre.
  91. Summerhill : …Est des nôtres !
  92. Surveillant : Agent d’ambiance.
  93. Syndicat : Pour les petits déjeuners entre amis, organisateur de pots de départ.
  94. Théorie éducative: Support permettant de persuader le professeur que ce qu’il fait est important.
  95. Trouble d’apprentissage : Qui trouble l’enseignement
  96. Trouble du comportement : État de celui qui adopte un comportement non prévu et quelque peu troublant.
  97. Université : Purgatoire du bachelier.
  98. Vacances : Temps de pause pour explorer la vie.
  99. Vacataire : Collègue un peu louche.
  100.    Zéro : Une certaine idée de l’absolue.

Et pendant ce temps-là…

 

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Les premières neiges sont tombées sur notre cabane. Les gars ont surtout profité du temps à l’intérieur et du temps de repos. Je me rends compte combien la notion de rythme personnel est fondamental dans nos existences et alors qu’en semaine je vois les enfants extrêmement fatigués, à la sociabilité difficile, je les retrouve enfin, chantant, jouant, se disputant avec énergie. Ils ont des idées de projets, de jeu… Si je leur demande comment ils envisagent telle ou telle chose, à la sortie de l’école ils n’ont que peu d’idées, leur cerveau est saturé. Au bout de quelques jours dans les bois l’imagination se remet en route. Ils se sentent aussi autorisés à exprimer leurs envies et non plus de suivre de façon mécanique un programme imposé. Enfin je retrouve mes enfants, et plus fondamentalement je retrouve des enfants!

Comprendre la discipline dans une école alternative Québécoise

Si l’on veut comprendre comment s’exerce la discipline scolaire et particulièrement à l’intérieur de l’école alternative que fréquente mes enfants, il faut porter un regard à la Foucault sur les rouages de l’autorité. Bien sûr il y a les règlements et sanctions, mais ceux-ci ne constituent qu’une marginalité dans l’exercice du pouvoir. La compartimentation du calendrier et de l’emploi du temps journalier, le respect des horaires, viennent épouser la répartition de l’espace clôturé en autant de micro-lieux spécialisés qui ont chacun leurs règles et leurs exigences. La consigne lie l’enfant au pinceau, au crayon, au ballon et le pouvoir vient se glisser entre chaque millimètre de l’enfant à l’objet, à chaque seconde de l’enfant à son horaire.

Mais le plus intéressant n’est pas là. La prise de pouvoir particulière qu’exerce l’école alternative se fait par ce que précisément elle n’interdit pas. Ou pour mieux dire par ce qu’elle autorise. Par cela l’adulte garde un contrôle absolu sur les périodes de temps libre, sur les horaires de récréation, et en autorisant, l’autorité éducative réaffirme encore plus fortement son droit au refus. Au moindre écart, l’enfant se voit refusé de récréation, refusé ce qui lui était autorisé par l’exercice d’un pouvoir qui ne renonce à aucun aspect de son contrôle. La mise en projet, la mise en groupe, la mise en activité participe de ce droit-obligatoire qu’est l’éducation.

L’enfant n’est donc pas oppressé par un ensemble de règles contraignantes contre lesquelles il serait tentant de se rebeller, mais par l’ensemble d’un dispositif complexe fait, certes d’interdictions, mais surtout d’une découpe toujours plus minutieuse du temps, de l’espace et des autorisations accordées hors de son contrôle. Dans ce labyrinthe de relations l’enfant n’a jamais véritablement le pouvoir sur sa vie, jamais la décision finale, il n’arbitre pas. Ainsi l’enfant se prend au piège d’un fonctionnement auquel il vaut mieux obéir pour espérer profiter des minces autorisations distribuées par l’adulte plutôt que de remettre en cause la relation de pouvoir qu’il subit quotidiennement malgré lui. L’école lui dit « obéis et tu seras libre de la liberté que je daignerai t’accorder, désobéis et tu n’auras même pas ça »! Ainsi le pouvoir arbitraire de l’adulte se garde à l’abri de toute remise en question fondamentale. Voilà, paraît-il ce qu’il convient d’appeler en ce monde un « espace éducatif » qui donnera des enfants libres et autonomes!

La résistance éducative consiste à mon avis à décortiquer ces processus disciplinaires pour que l’enfant n’en soit pas dupe, qu’il ne se laisse pas happer  si facilement par les facilités de la servitude, par les promesses de la classe dominante. Je ne pense pas qu’il y ait quelque bénéfice que ce soit à s’habituer à obéir à une autorité n’ayant pas démontré le bienfondé et la pertinence de son pouvoir.

De l’autre côté du monde

La première neige vient de tomber sur notre cabane. Le poêle à bois a fait son office, et nous nous sommes réchauffés autour d’une bonde fondue. Partir dans les bois est aussi une façon de se reconnecter avec nos rythmes biologique et d’un peu compenser les horaires imposées de la vie urbaine.  Les enfants avaient besoin d’un souffle qui respecte leurs besoins de sommeil et qui offre le lien indispensable avec la nature. Les tuyaux ont commencé à geler, la pluie verglaçante a cassé quelques arbres. Mais se sentir au chaud et à l’abri de l’autre côté des soucis du monde est un sentiment merveilleux.

Une séance de bataille à l’arc!

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Les enfants ont eu la chance de participer à une séance de bataille à l’arc! Une belle heure de plaisir, de concentration, d’agilité… Les enfants pratiquent le tir à l’arc depuis plusieurs années et s’exercent au tir placé, de rapidité, au tir réflexe. Il existe plusieurs types de tir à l’arc, avec des flèches placées à l’intérieur, à l’extérieur de l’arc pour plus de rapidité ou de précision. Alors hier, entre amis ils ont pu mettre tout cela en application.  Merci à Christian et Arianne.