Grenelle de l’éducation ou réunion syndicale?

Je découvre avec grand étonnement les 10 thèmes du Grenelle de l’éducation auxquels on nous propose de contribuer:

1 Revalorisation des enseignants

2 Écoute des enseignants

3 Accompagnement des personnels

4 Collégialité des enseignants

5 Formation des enseignants

6 Gouvernance des établissements

7 Déconcentration et autonomie de l’équipe éducative

8 Mobilité des enseignants

9 Les outils numériques pour l’enseignement

10 Protection des professeurs et valeurs de la République

Est-ce moi qui ai des problèmes de vue où le mot enfant n’apparaît jamais ni dans les intitulés ni dans les descriptifs détaillés, le mot élève est à peine évoqué? Comment prendre part à cette réunion syndicale de la condition enseignante si l’on ne fait pas partie de la profession? N’est-ce pas étonnant que les thèmes de l’autonomie des enfants, de leur motivation, de leur capacité à s’insurger contre une autorité injuste, leur droit d’expression, leurs souffrances, leurs rêves, leurs envies, les projets familiaux, le harcèlement, la phobie scolaire, l’abandon scolaire, la diversité des choix éducatifs, les alternatives, la place des arts, de l’activité physique, du contact avec la nature, la place du choix des enfants… ne soient jamais évoqués dans un Grenelle de l’éducation? Tout cela me paraît ubuesque!

Pourquoi certains s’opposent à la diversité éducative? Psychanalyse d’un naufrage

On peut voir dans les réactions de certaines personnalités politiques mais aussi de plusieurs intervenants publics et privés une sorte de refus de principe, un blocage, une colère parfois envers la réalité des enfants qui ne vont pas à l’école. On pourrait s’attendre à ce que tout pédagogue se réjouisse de la diversité, de l’inventivité éducative, de la créativité pédagogique et pourtant ils sont nombreux à se mobiliser pour que les familles aient moins de droit, soutenus en cela par une forte proportion de la population, dont plusieurs enseignants et chercheurs . Il me semble important de tenter de comprendre pourquoi.

Tout d’abord le mantra de l’école de Ferry « gratuite, laïque, obligatoire » est tellement répété qu’une immense proportion de français (y compris dans le corps enseignant) ne savait même pas que l’école n’était pas obligatoire. L’apprendre le 2 octobre 2020 lors de l’allocution du président Macron fut un premier choc pour eux. Deuxièmement, et c’est je crois le cœur du problème, l’école et son vœu pieux d’une institution égalitaire, pour tous et tout le temps, se montre impuissante à réaliser dans les faits l’égalité à laquelle elle s’accroche, il est aisé d’en faire le constat. Cette impuissance se change en passion morbide. Au lieu de célébrer la diversité, certains inspectent, suspectent en permanence toute tentative de ne pas être suffisamment égalitaire. En somme ils en viennent à reprocher aux autres ce qu’ils sont incapables d’accomplir eux-mêmes. Cette suspicion généralisée se change en impossibilité à produire du possible. Ils s’accrochent donc au connu, à l’habituelle incantation pour une école de l’égalité des chances plutôt que de reconnaître que l’équité est seulement possible dans l’inventivité éducative et la diversité foisonnante des expériences.

Mieux vaut tous couler tous ensemble à bord du Titanic, que de tenter la moindre expérience de sauvetage. Il est indispensable de torpiller toute initiative de surnager à quelques-uns. C’est en cela que cette guerre menée à l’instruction en famille est bien liée à une passion morbide, Thanatos plutôt qu’Éros.

Je pense que comprendre cette dynamique permettrait à ceux qui en sont victimes, et à ceux qui doivent dialoguer avec eux, d’un peu mieux identifier les enjeux, pour ouvrir sur un dialogue apaisé. Voilà pourquoi il me semble important de mettre au jour les forces cachées.

Et puisqu’on veut interdire l’instruction en famille…

… pourquoi ne pas interdire les voyages en famille et n’autoriser que les voyages de groupe, collectifs, encadrés par un professionnel diplômé en valeurs républicaines. On éviterait soigneusement les pays sources de radicalisation, tous ceux qui n’ont pas d’église par exemple.

Et pourquoi ne pas interdire les repas de famille, ceux où on rencontre le beau-frère un peu louche, le cousin qui vit on ne sait comment, la tante qui a fait un voyage au Maroc. Les repas de famille seraient soumis à une autorisation préfectorale et la liste des invités soigneusement vérifiée. Les conversations enregistrées pour retracer les commentaires suspects, anti-républicains.

Et puis tant qu’on y est les mariages, les cousinades, les anniversaires ne sont-ils pas des espaces de radicalisation en plus d’être des foyers de la maladie?

Non vraiment il est temps d’en finir avec ces maudites familles et de laisser les professionnels faire leur travail!

Enseigner ou laisser vivre la liberté d’expression à l’école?

Alors que la France, le corps enseignant et tous les partisans de la tolérance et de la liberté sont sous le choc du meurtre d’un professeur ayant voulu parler de liberté d’expression aux jeunes de sa classe, les réactions, les débats, les protestations se multiplient. L’heure est à la solidarité et au respect et je joins ma voix pour m’insurger contre la bêtise et l’ignominie peu importe son prétexte religieux, philosophique ou autre.

Est-ce que les pratiquants d’une instruction en famille qui sont menacés par des lois répressives soit disant en réponse à ces fanatismes ont quelque chose à apporter dans la réflexion qui secoue le pays? C’est sans doute un peu tôt pour le dire. Je vais pourtant m’y essayer, sans provocation ni esprit de discorde, seulement pour montrer que nos pratiques et réflexions peuvent contribuer favorablement à l’esprit républicain que tout le monde défend ici.

Dans le cadre de l’éducation sans école, nous avons l’habitude de laisser vivre les enfants à leurs rythmes, selon leurs intérêts et de les laisser apprendre dans un environnement non contraint. Cela implique que nous ne convoquons pas les enfants à une heure précise et obligatoire pour leur faire un cours sur le consentement, nous leur permettons de participer à cette discussion au moment où ils y sont prêts, demandeurs, attentifs, curieux, bref au moment où ils y consentent, ce qui n’est pas la même chose. Je pense que la liberté, la responsabilité s’apprennent en se vivant et non seulement en écoutant un cours qui en parle.

Ainsi j’entends partout dans les médias que les professeurs devraient aller au delà de leurs appréhensions et continuer à faire des cours pour expliquer, enseigner la liberté d’expression. Tant mieux. Mais les enfants à l’école ont-ils la possibilité de vivre une liberté d’expression aussi large que celle qu’on veut leur enseigner? Peuvent-ils être Charlie? Peuvent-ils faire un journal satirique, brocardant leurs professeurs, leur directeur avec le même mordant, la même tendre cruauté, la même irrévérence que celle qu’on leur montre dans le cours qui en parle? En un mot, cette liberté qu’on leur fait miroiter à l’extérieur de l’école est-elle en vigueur à l’intérieur. Si oui alors veuillez me pardonner de vous avoir fait perdre votre temps par cet article inutile. Si non, cette question pirate ne vaut-elle pas d’être débattue publiquement? N’y a-t-il pas là un enjeu éducatif majeur propre à questionner tout pédagogue?